Eric Tassel, premier lauréat de la résidence d’Arts Visuels de Macas

Propos recueillis par Oihana Allou

D’octobre à décembre 2021, la première édition de la résidence d’arts visuels a eu lieu à Macas, aux portes de l’Amazonie équatorienne. Ce projet à été mené par les Alliances françaises d’Equateur, en association avec l’Institut Français (Paris) ainsi que des partenaires locaux. Cette résidence vise à créer un pont entre l’Amazonie et la scène artistique contemporaine française, et à promouvoir le rôle des artistes dans la protection de la biodiversité. Eric Charles Tassel, artiste français aux multiples facettes, est le premier lauréat du programme et a créé l'»arbre totem» de Macas pendant sa résidence.

🟡 Pourquoi avoir choisi de réaliser un Arbre qui à s’apparente à un Totem ? 

En consultant un livre d’aquarelles de Cézanne, je me suis rappelé que l’arbre a toujours été un objet de contemplation pour les artistes. Cet Arbre Totem se veut être une sculpture commémorative à la frontière du témoignage symbolique et conceptuel. J’ai cherché à donner à la ville un lieu de recueillement, où la Nature est au centre du rituel, et non l’Homme. Faire une œuvre à l’endroit même où la nature est dangereusement menacée me permet d’alerter à mon échelle d’artiste plasticien sur l’extermination de masse à laquelle nous assistons. Ce Totem sert de témoignage à ce désastre.

🟡 D’où vient votre intérêt pour l’Amazonie et ses problématiques environnementales?

J’ai eu le triste privilège d’être en première ligne lors de tournages de documentaires pour la télévision française en Amazonie bolivienne. J’ai pu y voir le désastre environnemental au plus près, le pillage illégal de masse, la déforestation intensive et la chasse du gibier qui en découle. J’ai été le témoin de quelque chose qui a déclenché en moi une volonté de réaction et un sentiment de culpabilité d’avoir participé à un tournage dont les procédés ne sont pas toujours très éthiques. Cet événement a vraiment été à l’origine de cette initiative artistique.

🟡 Quel constat avez-vous fait en arrivant à Macas ?

Ce qui m’a frappé en arrivant à Macas fut ce cadre de verdure idyllique et la nature intense au milieu duquel vit une population tranquille. Malheureusement la réalité est toute autre, car en sortant de la ville on apprend que depuis 25 ans la forêt a été décimée pour faire place à une culture de l’élevage bovin, ce qui a entraîné la disparition de nombreuses espèces végétales et animales.

🟡 Pouvez-vous nous parler de votre processus de création pour la réalisation de cette œuvre? 

La création a été intense car elle s’est déroulée sur un temps assez court de un mois et demi. Le processus a été divisé en trois étapes : premièrement la recherche du matériel dans la forêt ; deuxièmement la construction de la fondation de l’Arbre à partir des plus grosses branches trouvées ; enfin la dernière étape fut le peaufinement des détails et l’aménagement de l’arbre en un espace de méditation et d’information.

🟡 Avez-vous fait des rencontres marquantes au sein de la communauté Shuar ?

Le personnage le plus intéressant que j’ai pu rencontrer a été mon collègue charpentier Shuar. Il m’a expliqué ce qui s’était passé ces vingt dernières années en Amazonie équatorienne et j’ai pu comprendre grâce à lui les dynamiques de suppression progressive des arbres nobles dans ce territoire. J’ai vu comment vivent aujourd’hui les Shuars puisque j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs fois leur communauté.

🟡 Avez-vous eu l’occasion de rencontrer la scène artistique locale ?

Je ne sais pas si on peut les qualifier d’artistes, pour moi ils le sont, mais ma rencontre avec les ornithologues amateurs et professionnels m’a permis de découvrir les oiseaux de la région et m’a fait prendre conscience qu’il était possible de rendre la ville plus accueillante pour y faire revenir les oiseaux. Ça a été une grande découverte et je la dois à ces ornithologues…. Une autre rencontre marquante a été celle d’une représentation d’une troupe de théâtre Shuar qui a joué Roméo et Juliette en langue Shuar. C’était un moment très émouvant et inattendu.

🟡 Vous êtes le premier artiste français à participer à ce programme de résidence artistique en Amazonie équatorienne. Quels conseils donneriez-vous au prochain artiste ?

En matière de création il est toujours difficile de donner des conseils, mais je souhaiterais que le prochain artiste sache profiter de la nature incroyable et prodigieuse de l’Amazonie équatorienne, et que son oeuvre aide les habitants à prendre conscience du patrimoine exceptionnel qui les entoure et dont ils oublient peu à peu l’importance et même l’existence, dû à la disparition progressive de la forêt primaire.

🟡 Quelles conclusions tirez-vous de cette résidence artistique ?

Ces résidences peuvent apporter énormément aux artistes et à l’Art, mais surtout à la protection du vivant. Elles devraient se multiplier si elles servent ces buts, dans un monde où le marché sature l’image de l’Art par sa financiarisation. Je suis fier que l’Arbre Totem soit exposé à Macas plutôt que dans une foire d’art contemporain internationale, où le public est mis à distance de la nature profonde de l’Art.

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