LA MATA DE FRIO AZEZINO UNE COMMUNAUTÉ D’ART URBAIN AU CŒUR DE CUENCA

Joaquín Pérez, graphiste de profession et peintre par passion. Il peint principalement des tableaux et des fresques murales et est cofondateur de Mata de Frio Azezino.

 

Quand le collectif s’empare de la culture


Depuis 2008, La Mata de Frío Azezino est un espace alternatif situé dans un quartier populaire de la ville de Cuenca, conçu comme un lieu de vie, un centre d’exposition d’atelier, ouvert à tous les artistes qui ont besoin d’un espace sûr pour créer en toute liberté.

🟢 Comment vous est venue l’idée de Mata De Frio Azezino ?

Nous avons commencé en 2008 avec un de mes amis, Jaime Mogrovejo – artiste, créateur de mode et précurseur de la culture hip hop à Cuenca. Il est décédé il y a environ 5 ans. Depuis, je gère l’espace moi-même. Au début, la Mata s’appelait Muchachola, et le sous-titre était : «bienvenue à la Mata de Frio Azezino». Le nom fait référence au climat typiquement froid de Cuenca à certaines périodes de l’année ; La Mata fait référence aux cactus, très présents dans la région de l’Azuay et de Cañar. Nous avons commencé par des œuvres satiriques, comme des dessins du Che Guevara en Chef de Cuisine et d’autres jeux de mots, qui ont donné lieu à de nombreux graffitis et autres interventions dans les rues avec lesquels nous nous sommes petit à petit fait connaître.

🟢 Combien de personnes sont dans le collectif et comment fonctionne le collectif ?

Bon, cet endroit est ma propriété, si on peut le dire ainsi. La Mata se compose d’une galerie d’art et de deux ateliers de création pour les artistes. Depuis la creation du collectif en 2009, nous avons accueilli une dizaine de personnes. La plupart du temps nous sommes peu à y être en même temps, en général deux ou trois personnes. Le collectif fonctione par cycles. En ce moment, par exemple, nous sommes deux dans le collectif.

Océane Wauters.

🟢 Comment le public a-t-il accueilli la création de cet espace ? En particulier, quelle a été la réaction des habitants du quartier ?

La réaction a été positive, notamment en ce qui concerne les graffitis. Les gens sont cool, ils aiment ce que nous peignons, les vêtements que nous fabriquons, et aujourd’hui nous avons une grande communauté virtuelle. Mais dans le quartier, en tant qu’espace de galerie, il n’y a pas toujours une grande acceptation de la part des voisins, car nous sommes dans un quartier populaire, El Vado. Bien que nous soyons proches du musée municipal d’art moderne de Cuenca, cette proximité n’est pas forcément à notre avantage, étant donné que les habitants du quartier n’ont généralement pas beaucoup de rapport avec l’actualité artistique ici. La Mata est comme une île cachée, mais une fois que les gens la connaissent, ils reviennent souvent nous rendre visite. Cela permet donc de faire vivre l’art dans le quartier et c’est également important pour les voisins.

Océane Wauters.

🟢 Quelle a été la réaction des street artistes et quelle est la demande pour l’espace que vous offrez, notamment dans votre galerie ?

En ce qui concerne la galerie, nous avons de nombreuses propositions. Nous avons plusieurs oeuvres d’artistes urbains tels que Rayz, Galo, Mosquera, Ralex, (artistes de Cuenca) etc. Nous avons aussi des artistes de Baños et de Guayaquil qui envoient leurs œuvres ici. Nous avons participé au festival Detonarte à Quito, un festival de street art et plus précisément de graffiti. Cette participation nous a également permis de faire connaître un peu notre lieu, et aux artistes de se sentir identifiés et reconnus. La réaction est donc très positive et encourageante.

Océane Wauters.

🟢 Comment le lieu offre-t-il un espace permettant aux artistes de s’exprimer ?

L’espace est petit, mais il est toujours ouvert pour que les artistes puissent y laisser leurs œuvres. Il permet aux créatifs – graphistes, designers textiles, artistes – de se faire connaître. Il est en effet très difficile d’être un artiste et de vivre de son art en Équateur. C’est pourquoi nous accueillons beaucoup de propositions alternatives, des peintures, des fanzines, des collages et organisons toutes sortes de manifestations artistiques qui permettent aux artistes de se faire connaître, de vendre leurs œuvres et de gagner leur vie. La ligne de La Mata est plus orientée vers le graffiti et le monde de l’art urbain, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions pour soutenir également les artistes. En fait, les artistes viennent directement ici avec leurs propositions, ils me les montrent et nous voyons, parfois ça coule de source, c’est aussi ça l’art.

🟢 Que représente La Mata pour vous et quel est son rôle dans le développement culturel de la ville de Cuenca ?

Pour moi, la Mata est comme une plateforme pour pouvoir exprimer toutes les créations locales, c’est une multiplateforme dans laquelle il y a différentes branches. Il permet aux gens de s’exprimer avec leurs mains, par la peinture, les vêtements, les graffitis, etc. La Mata a généré un impact assez fort à Cuenca. D’après ce que l’on me dit, il y a une mouvance importante qui suit La Mata et qui a été influencée par les nouvelles générations d’artistes visuels ou de designers. En somme, La Mata existe depuis environ 15 ans, et elle a beaucoup évolué. Lorsque nous avons commencé avec Jaime (Mogrovejo), il y avait très peu d’art urbain. Avec ces lieux alternatifs comme la Mata, nous avons désromais un espace dédié pour nous exprimer et c’est ce qui permet de développer l’art urbain dans la ville, parce que nous avons créé cet espace qui nous manquait. C’est notre rôle, offrir un espace aux autres dont nous avions nous-mêmes besoin.

Océane Wauters.

🟢 Diriez-vous que La Mata prend en compte les enjeux environnementaux d’aujourd’hui et de demain dans le secteur culturel et artistique ?

Nous avons commencé avec des bombes de peinture dans la rue pour nos fresques sans penser à l’environnement. Mais aujourd’hui, nous utilisons de la peinture acrylique, qui est plus respectueuse de l’environnement, et nous travaillons avec des matériaux réutilisés. Par exemple, tous les meubles de notre espace sont de seconde main, nous n’avons rien acheté car nous ne voulons pas faire partie du monde de la consommation impulsive. Je crois que tout peut être réutilisé, c’est pourquoi nous achetons le moins possible et nous réutilisons, par exemple des contenants en plastique pour peindre. De plus, nous ne vendons pas de sacs plastique, toujours en papier ou sans pochette. Nous recyclons, et nous essayons toujours de valoriser le fait-main, sans achats excessifs, mais plutôt en réutilisant les matériaux pour être respectueux de l’environnement à notre manière et avec ce que nous avons.

🟢 Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre programme culturel ?

J’ai déjà une programmation pour mes projets personnels, mais pour La Mata, c’est un peu une organisation au jour le jour, en fonction de ce qui se présente à nous. C’est vrai que pour les expositions elles-mêmes, les grands projets, etc., il faut s’organiser dans la galerie avec un commissariat d’exposition, des textes de médiation, une muséographie et tout. Mais nous n’avons pas de programme fixe chaque mois, car j’aime aussi entretenir l’effet de surprise. Nous travaillons plutôt au semestre ou au fil des saisons. Par exemple, pour 2023, j’envisage de moner une exposition d’art et de vêtements, mais c’est un secret pour l’instant. 

🟢 Comment vous situez-vous dans le panorama culturel des cultures urbaines de Cuenca ? Comment pensez-vous pouvoir répondre aux problèmes des cultures urbaines à travers la Mata ?  

je n’aime pas faire de comparaisons, mais je pense qu’en raison de l’accueil qui nous est réservé, nous sommes un lieu influent en matière d’art. Nous nous sommes fait connaître au début en peignant des murs, en participant à des festivals.  Le boom s’est produit pendant le confinement, les artistes avaient besoin d’un lieu influent qui valorise leur travail, donc nous avons fait beaucoup de diffusion sur les réseaux sociaux et nous avons augmenté notre influence par ce biais, cela nous a permis de soutenir les artistes et de faire grandir la notoriété de La Mata. C’est incroyable à quel point il est facile aujourd’hui d’entrer en relation entre artistes et avec le public via Instagram, et nous devons continuer à grandir pour offrir un lieu d’expression de plus en plus important et visible. La Mata est née de ce manque d’espace dans lequel on peut se sentir pleinement libre. Par exemple, au début, lorsque nous avons commencé, le graffiti était très mal vu, mais aujourd’hui les mentalités changent grâce à ce type d’espaces alternatifs où l’on peut exprimer des choses différentes. Il faut faire passer le mot, organiser des jams de dessin/peinture et toujours partager.

🟢 Le mot de la fin?

La Mata a changé avec le temps. Suite à la pandémie, nous avons pris une autre voie, plus tournée vers l’intérieur, avec des toiles, des petits dessins. Si vous deviez me donner une description de Mata, je l’expliquerais comme ceci : une «safe place».

 Propos recueillis par Océane Wauters, assistante culturelle et de communication – Alliance Française de Cuenca (Equateur).

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